Vendredi 1 juin 2007

Maxime nous a quittés après une longue maladie. Suite à la demande de ses camarades, voici trois poèmes proposés par des professeurs de français qui ont eu Maxime pour élève. Le premier sera dit par deux élèves lors des obsèques de Maxime.

 

Au fond du coeur

Au fond de notre coeur, un beau jour, le beau jour de tes yeux continue. Les champs, l'été, les bois, le fleuve. Fleuve seul animant l'apparence des cimes. Notre amour c'est l'amour de la vie, le mépris de la mort. A même la lumière contredite, souffrante, sans croissance ni fin, un jour sur terre, plus clair en pleine terre que les roses mortelles dans les sources de midi.

Au fond de notre coeur, tes yeux dépassent tous les ciels, leur coeur de nuit. Flèches de joie, ils tuent le temps, ils tuent l'espoir et le regret, ils tuent l'absence.

La vie, seulement la vie, la forme humaine autour de tes yeux clairs.

Eluard

 

 

 

La Voix

Une voix, une voix qui vient de si loin

Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles,

Une voix, comme un tambour, voilée

Parvient pourtant, distinctement, jusqu'à nous.

Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau

Elle ne parle que d'été et de printemps,

Elle emplit le corps de joie,

Elle allume aux lèvres le sourire.

Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine

Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,

L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ?

Elle dit : " La peine sera de courte durée."

Elle dit : " La belle saison est proche."

Ne l'entendez-vous pas ?

Desnos

 

 

Trop loin

Tout se passe en silence

Le ciel est rétabli

Le soleil se balance

On vit sans rien de plus dans la douceur du sang

 

Où es-tu maintenant

Les jours se suivent se ressemblent

Les mains fragiles se rassemblent

Et la lumière est dure

L’homme a perdu son ombre au fond de la verdure

 

J’écoute

C’est bien moi

Je suis seul sur la route

Mon passé sur le dos

Dans ma gorge enflammée un bouquet de sanglots

Cadou

Par leprofesseur - Publié dans : Pour Maxime
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Jeudi 24 mai 2007

Voix ambiguë d'un coeur qui au zéphyr préfère les jattes de kiwis.

Trouvée dans les polices de caractères

Par leprofesseur - Publié dans : créations
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Jeudi 24 mai 2007

On parle beaucoup en ce moment de la lettre de Guy Môquet, ce jeune communiste fusillé par les Allemands.

La voici en complément aux textes de Char.

Ma petite maman chérie,

mon tout petit frère adoré

mon petit papa aimé"

"Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !

Votre Guy qui vous aime

Guy

Dernières pensées : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !

Par leprofesseur - Publié dans : René Char
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Jeudi 24 mai 2007

Lu dans la lettre de Télérama :

L’adaptation que la dessinatrice a coréalisée avec Vincent Paronnaud confirme et bouscule à la fois cette familiarité de lecteur. Même trait bien trempé dans l’encre noire, ferme et vif comme l’héroïne elle-même, même ouragan d’humour, de réflexion politique, de tendresse, de douleur et de révolte. Mais les deux réalisateurs ne se contentent pas d’animer des cases : ils les traduisent avec brio en langage de cinéma. Ombres démesurées et somptueux clair-obscurs expressionnistes, effets de caméra malicieux et fluides... Bref, plus qu’une adaptation : une oeuvre profondément, magnifiquement originale. ◆ C.M. Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, en compétition

Par leprofesseur - Publié dans : séquences
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Mardi 22 mai 2007
 
 

Vous qui faites profession de parler, professeurs, acteurs, avocats, toutes sortes de rhéteurs, vous dont le métier quotidien passe par le chant, qui devez porter votre voix hors du corps pour en remplir un espace jusqu’au mur du fond et qui avez à soulever une colonne d’air vibrante au-dessus de la gorge comme un tourbillon de feu, sonorités intenses et inflexions exquises, sachez que tout vient de l’assise, de l’assiette, de la tenue à terre, de la sustentation, de la prise animale du sol par la plante des pieds, de l’accrochage solide à de longues racines par les orteils, que je ne sais quelle source brûlante vient de je ne sais quel courant chthonien et que tout monte le long des colonnes musculaires des jambes, des cuisses, des fesses et de l’abdomen, que cette voix qui crie ou qui dit, qui signifie, doit son inspiration profonde à cette fondation, et que vous ressemblez ce jour, ce soir ou cette nuit à l’antique Pythie qui ne pouvait dire ou signifier qu’au-dessus des vapeurs émanées du centre de la terre, vous pouvez les capter avec les membres inférieurs : la voix vole si les ailes du verbe vous poussent aux chevilles ; vous reconnaîtrez que vous pouvez parler, chanter, incarner le verbe dans votre corps au bonheur des genoux et des métatarses. La musique, le sens, comme l’extase sont issus de ces ressorts. La voix volante vient de la terre, par le corps-volcan. L’âme vente de plain-pied.


Michel Serres Les Cinq Sens p.350

Par leprofesseur - Publié dans : René Char
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